Près de cinq mois se sont écoulés depuis le tragique accident d’hélicoptère survenu le 25 avril 2009 en Corse, lors d’un vol SMUR de PONTE-LECCIA à BASTIA destiné à transporter en urgence à l’Hôpital une jeune femme de 20 ans sur le point d’accoucher, Justine GRESSLER.
Cinq personnes ont trouvé la mort dans cet accident : le pilote, son copilote et mécanicien, qui semble-t-il n’était pas « aux instruments » lors du crash, une femme Médecin présente à bord, et la jeune future maman, dont l’état de grossesse à hauts risques avait été signalé par le Dr COLOMBANI, Médecin Gynécologue de l’Hôpital, qui avait proscrit tout transport non médicalisé, et son bébé, né sans vie.
Plusieurs lettres ont depuis été adressées aux Ministres de tutelle ainsi qu’au Bureau Enquêtes Accidents Défense/Air dont dépendait l’hélicoptère de l’aviation civile Dragon 2b qui effectuait le transport ce soir-là . En vain.
Malgré une constitution de partie civile entre les mains de Madame TALLONE, Juge d’Instruction à BASTIA et, là encore, malgré plusieurs courriers, dont certains par lettre recommandée, le dossier pénal, qui contient notamment le rapport des premières constatations, les photos des lieux, les rapports d’autopsie des victimes, les auditions de témoins, et sans doute beaucoup d’autres éléments importants, demeure inaccessible à l’avocat des parents de Justine que je suis, en application du code de procédure pénale qui n'autorise pas cette communication avant l'audition des parties civiles, prévue le 22 septembre.
Mis à part les accusés de réception de La Poste, aucune réponse, aucune réaction. Silence total. Si ce n'est une réponse, le 7 août dernier, du Général de Brigade aérienne Yves ARNAUD, Directeur du BEA/Défense Air indiquant que la diffusion ou la transmission du rapport final d'enquête répondent à un formalisme très strict destiné à garantir l'indépendance du Bureau...et renvoyant au Juge.
Pourquoi ?
Il faut savoir que l’hélicoptère EC -145, autre nom du BK 117-C2, dont le premier vol a eu lieu le 12 juin 1999, est encore considéré comme l’un des fleurons de la flotte hélicoptère du Groupe EUROCOPTER, l’une des divisions d’EADS, et que si en 2008 pas moins de 81 appareils de ce type ont été commandés, il est question d’une transaction en cours avec les USA portant sur 350 unités.
Les conclusions de l’enquête technique et administrative ordonnée en même temps que l’enquête judiciaire sont donc, pour le moins, sensibles.
Or, postérieurement à cet accident, diverses particularités voire faiblesses de cet appareil ont été signalées, officiellement, au travers notamment de plusieurs directives de navigabilité (au sigle anglais AD) en date du 4 juin dernier (AD n° 2009-0119) ainsi que par la directive EAD ( Emergency Airworthiness Directive) 2009-0123-E du 10 juin remplacée par la directive EAD 2009-0158-E du 16 juillet 2009, concernant toutes la sûreté de fonctionnement du rotor anticouple arrière de ce type d’appareil, déjà mise en cause lors des crashes survenus les 23 juillet 2003 ( hélicoptère immatriculé F-ZBPC) et 5 juin 2006 (hélicoptère F-ZBPB) dans les Pyrénées.
Dès lors, l’on est en droit de se poser la question de savoir si un dysfonctionnement mécanique de la boite de transmission intermédiaire du rotor anticouple ne serait pas à l’origine de la perte de contrôle de l’appareil par son pilote, ceci dix jours avant la production de l’ « alert service bulletin » MBB BK 117-C2-65A-003 du 4 mai 2009 faisant suite à diverses alertes d’ EUROCOPTER et à des signalements publiés en juillet-août 2000 dans le revue AVIATION MECHANICS BULLETIN concernant un accident mortel survenu au décollage de NEW YORK d’un hélicoptère BK 117-B2.
Une avarie de cette nature aurait-elle été décelée sur place, en Corse, à l’arrivée des spécialistes, qui serait de nature à expliquer pourquoi la Force Publique aurait reçu l’ordre de maintenir à 500 mètres les journalistes présents (ainsi que s’en étonnait CORSE-MATIN) ?
L’affirmation par le Préfet de Haute Corse, M. Hervé BOUCHAERT, de l’existence d’une météo « exécrable » est-elle en phase avec les relevés METAR de l’aéroport de BASTIA-Poretta, sachant par ailleurs que cet hélicoptère est présenté sur le site web d’EUROCOPTER comme opérationnel par tous les temps ?
Par ailleurs, pourquoi a-t-il fallu sept à huit heures pour localiser et raller les éventuels survivants de ce vol PONTE-LECCIA/BASTIA du 25 avril, l’appareil étant à rechercher sur un trajet d’à peine 40 kilomètres et sa dernière position géographique passant pour avoir été connue du radar secondaire, étant déductible de celle de sa disparition déclarée du radar terrestre, sans cesse informé par le dispositif embarqué connu sous le nom de transpondeur ?
En tout état de cause, quand bien même la vérité pleine et entière serait-elle connue un jour, il est inacceptable et gravement insultant qu’à l’heure où un Juge d’Instruction détient depuis plusieurs mois un dossier qu’il ne communique pas à la partie civile et où les Ministres « se renvoient la balle » (de l’Intérieur à la Défense) sans apporter, ni les uns ni les autres, le moindre commencement de réponse aux questions lancinantes qui hantent jour et nuit les familles des victimes, celles-ci demeurent éloignées des enquêtes.
J’avais, le 25 juillet, trois mois jour pour jour après la tragédie, lancé un appel public, au nom des familles, afin de tenter d’obtenir une ébauche de réaction.
Sans succès. La Presse n’a rien publié.
Alors se pose la question de savoir si ce silence – y compris des media – est volontaire.
Pour la famille de Justine GRESSLER,
Me Henry FLECHER, avocat.

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